Chroniques d'Aïsthèsis
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Chroniques d'Aïsthèsis

« L'existence n'est pas ce qui s'est passé, l'existence est le champ des possibilités humaines, tout ce que l'homme peut devenir, tout ce dont il est capable. » Milan Kundera
 
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 Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser]

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Liam Anaikh'
Poète aristocrate
Liam Anaikh'

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MessageSujet: Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser]   Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser] Icon_minitimeMar 22 Sep - 21:48

[Quel retard... je suis sincèrement désolé, j'ai eu beaucoup d'ennuis familiaux, et beaucoup de travail... T_T Meuh pour la peine, je t'offre un petit poème de ma compisition! (ne réponds pas en vers, hein xD enfin je ne t'oblige pas, quoi, sur ce coups là, je n'ai fait que reprendre des écrits ultérieurs Wink ]

Il y a de par le monde des beautés insoupçonnées qui se révèlent à l’homme dans le mot. Rien n’est plus beau que l’image nette et précise qu’évoque une tirade, un vers, une expression ou même une simple parole ; la magie du verbe tient dans le fait d’idéaliser une vision par la transcendance de celle-ci. Le langage y est plus propice que n’importe quelle autre chose. Que la langue soit celle de la musique, de la peinture, ou de la poésie, c’est le dialecte du cœur qui touche et qui émeut. La beauté de l’âme, de l’être et du devenir est un chant universel qui, par son harmonie et sa pureté, sait parler à chacun ; Murmure, vagissement, torsion du sentiment, puissance de l’émotion, rien y’ manque ; il sait tempêter et vagir aussi bien que susurrer dans le silence d’un soir couchant. Et le poète est celui qui peint l’illusion, la réalité et le divin en une même musique d’humanité et d’émotions.
C’est ainsi que Liam écrivait. Tour à tour dramaturge, poète, écrivain, épistolier, le jeune homme touchait à tous les arts d’écriture. Son esprit entendait la musique de l’alexandrin, l’accord d’une voix, d’un mot, d’un texte, d’un pamphlet ; il en percevait l’âme, l’essence, la profondeur. Il avait déjà touché à l’abîme de l’inspiration et du génie. Et, parfois, il s’en allait dans des pays de délices, de musicalité et de fragrances de paix ; de ces grands espaces immenses et peuplés de chimériques empires qu’on décrit parfois dans quelques livres utopiques. Peu de choses furent si belles et peu le seront encore ; le temps s’écoule et fuit à même flot rapide qu’on ne peut ni saisir, ni rattraper dans sa course lente, cercle infini d’immatérialité sans âge.
C’était un peu de tout cela que Liam voulait expliquer à travers ses textes. Du moins dans celui qu’il lisait passionnément à une petite troupe de voyageurs parmi laquelle se trouvait notamment des diplomates et des dignitaires importants d’autres nations :


Le rêve est un soupçon d’infini dans les airs,
Une mélancolie qui n’est pas sur la terre ;
C’est un doux parfum frais de légendes et de femmes,
Une chanson d’inconnu qui vient du fond de l’âme.

C’est le voile éternel, bleu ou rouge, noir ou gris,
Qui le soir, dans le ciel, quand naît la féerie
Dans une délire dément d’ivresse et d’euphorie,
Se soulève et dans l’ombre, s’écarte et resplendit

Ce sont toutes les lettres, et les folles ivresses,
Toutes les poésies, toutes nos fausses messes,
Toutes nos sarabandes, nos fêtes et nos amours
Toutes les rimes qui dansent, dansent, dansent avec le jour !

Ce sont les pales fantômes qui dans l’argent lunaire,
Tournoient en larges cercles sur des rails de fer ;
C’est la vision de l’homme par lui-même transcendée,
Qui tombe, qui luit, qui pleure, qui vacille, fracassée !

Oui le rêve se touche,
Il s’effleure de doigt ;
Instant magique, émoi !
Heure sacrée ! Heure farouche !

Minute ou le silence
Chante dans tout nos sens !
Versatile seconde
Qui nous crée un monde !

Oui le rêve se touche,
De la main, de la bouche,
Et de l’âme et de cœur,
Ainsi que font les sœurs.

Et puis tout disparaît.
Tous les spectres se couchent,
Le soleil s’effarouche,
Et le monde est défait.

La nuit s’en est allée avec ses farandoles,
Ses fragrances de pins, ses musiques mongoles ;
Des Saladin ont fuit, avec le vent du nord ;
Lusignan s’est pendu, accablé de remord.

L’apocalypse, enfin, avec ses tremblements,
Ses monstres et ses couleurs, son rouge-d’or et d’argent,
Son gris-noir, clair-obscur, et ses peintures de fée,
Tout cela est fini, les songes s’en sont allés.

La vie s’en recommence, pleine de grise boue.
Les trottoirs sont fleuris de la praline chienne.
Et dans les caniveaux, dans des tons un peu fou,
Se mêle une onde jaune à la pluie diluvienne.

On sent dans l’atmosphère, lourde, chaude et semblable
A celle d’un hier bien plus qu’interminable,
Que les cerveaux s’agitent, se meuvent et se concertent,
En attendant que tombent les étoiles secrètes.

Car le rêve se touche,
Il s’effleure du doigt.
Et dans de grandes Troie,
Nous avons notre couche.

Et quand la nuit revient,
Comme elle est repartie,
Alors le vent frémit,
Et on entend soudain :

‘Oui le rêve se touche,
Fragment d’éternité,
Vague d’infinité
Dont le fou s’effarouche.

Oui le rêve se touche,
En de vagues passages,
Et c’est la voix du sage
Qui parle par sa bouche.’

Déclamait-il avec ardeur, les joues rouges, passionné, vivant et quittant, pour la première fois depuis bien longtemps, son masque rigide d’impassibilité ; ses yeux brillaient d’un éclat féroce, ses mains tremblaient légèrement, une fièvre vivifiante l’envahissait peu à peu et le rendait d’une emphase sans pareille et réputée pour sa puissance. Liam pour la première fois depuis une éternité, se remettait à vivre.
Les vers résonnèrent en écho dans l’immense salle de théâtre, vide en cet instant de tout public, et que seule la petite troupe visitait avec intérêt. Liam s’était longuement attardé sur la magnificence de l’imposant édifice et, pour en montrer la formidable acoustique, avait déclamé un des poèmes qu’il avait récemment composé. Les visiteurs l’avaient écouté, à la fois ravis et quelques peu dolents, dodelinant doucement de la tête tandis qu’un tonnerre de son résonnait autour en un espèce d’orage fugace, pâle réplique des tragédies qui se jouaient sur les même planches, le soir, lorsque les mondanités accouraient dans les grands lieux de voyances et de réceptions. Et puis, soudain, la poésie terminée, ils avaient pour la plupart sursauté sottement, un sourire étrange sur les lèvres, à la fois ravi, condescendant, et humble. Une expression que le jeune poète ne connaissait que trop. Esquissant une moue familière, Liam fit un geste théâtrale pour capter l’attention de son maigre auditoire et, désignant la vaste enceinte du théâtre, il déclara :


-Vous avez pu constater par vous-même l’expansion du son ici ; je n’ai déclamé que quelques vers, et sans y mettre autant de convictions que lors d’une représentation. Multipliez cette puissance par trois ou quatre et vous aurez une bonne idée de ce qu’on peut contempler ici, lors d’un spectacle.

Quelques hochements de tête complétèrent son assertion, des sourires tout faits, des expressions intéressés qui ne reflétaient qu’une vanité sans humanité. Absurde. Tout ceci était absurde. Ces corps, si vivant soit-il, ne transportaient en eux que la mort. Paradoxe ineffable ! Consomption de l’âme dans l’anéantissement de l’esprit ! Ainsi allait malheureusement le monde, t on ne pouvait que le déplorer. Gardant en lui-même son amertume, Liam scruta plus intensément chaque visage. Chaque regard, miroir d’une âme semblable, se ressemblaient. Chaque mouvement de paupière en rappelait humain, chaque expression, chaque volonté était identique à celle de son voisin, par essence, du moins. Seule la forme divergeait. Le fond, lui, ne variait jamais.
Et ce que vit le jeune homme le fit sourire. Ces yeux-là… non, il ne trompait pas. La banalité n’y était pas inconnu, mais en tant que chose lointaine, en tant que stupidité, en tant qu’ennemi, ou du moins en tant que métèque. Et il y avait cette teinte de cheveux si étrange, ce visage, ces traits, cette grâce ; quelques défauts sibyllins ci et là, mais par dessus tout, une conformité absente de sa personne. Curieux, il la dévisagea un bref instant et, idée quelque peu saugrenue, il lui lança courtoisement :


-Pardonnez-moi, mademoiselle, voudriez-vous bien venir près de moi ? N’ayez crainte, je ne désire que peu de chose. Mais auriez-vous l’obligeance d’improviser avec moi ? Je crois qu’une scène directement interprétée serait plus plaisante et à jouer, et à regarder. Etes-vous prêtes ?

Et péremptoirement, sans même attendre, il recula d’un pas, prit une mine effarée, hilarante, et déclama avec verve :

Comment, que dites-vous, et de quoi parlez-vous ?
Je ne vous entends plus ; je crois devenir fou !


Dernière édition par Liam Anaikh' le Mer 23 Sep - 11:34, édité 2 fois
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Tahoser
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MessageSujet: Re: Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser]   Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser] Icon_minitimeMer 23 Sep - 0:06

(Ne t'en fais pas, le forum ne risque pas de s'envoler. Wink Hé ben, quand tu écris un poème, tu ne fais pas semblant ! XD )


Tahoser avait décidé de visiter le théâtre le plus connu de la cité des Arts. Puiqu'elle était de passage à Aïsthèsis, elle comptait bien en profiter. Son île, Thémis, n'était pas en reste concernant l'architecture et la magnificence des monuments, mais elle était d'une nature curieuse, et son esprit aventureux l'entraînait dans une quête brêve mais intense d'une autre culture, d'un autre regard, d'une autre beauté.

L'intérieur du temple semblait le ventre d'une montagne, les voûtes faisaient comme un ciel d'or et d'ombre, les torchères luisaient, étoiles lointaines, et l'écho d'une voix se faisait entendre... Il y avait un jeune homme, passionné et inspiré, qui avait répandu des vers parmi les gradins de l'imposant amphi-théâtre. Au début, la jeune femme n'avait saisi que la teneur de sa voix, fondue dans le décor obscur de profond du lieu. Son regard se perdait sur chaque détail des ornements, des pieds des colonnes, de part et d'autre de la scène, et des statues de marbre à l'entrée, divinités du spectacle, froide mais diablement forgée.

Le Gouverneur avait réussi à convaincre ses suivants de ne pas l'accompagner dans leur intégralité. Elle avait ainsi éviter de traîner derrière elle une vingtaine de servantes et une cinquantaine de soldats... Car les habitants de Thémis voyait tout en grand, et il était rare que leur maîtresse profite de moment d'intimité dans ses balades. Ce n'était pas dans le procole que de la laisser sans grande pompe. Heureusement, Tahoser avait su trouver un argument de poids : se promener en si grande compagnie, et compagnie armée qui plus est, pourrait s'avérer impoli et agressif vis à vis de leurs hôtes. Ils n'étaient pas chez eux, ils ne pouvaient pas agir comme si la cité leur appartenait.
Mais l'argument le plus fort restait encore celui-là : la parole de Tahoser faisait force de loi au sein de son peuple.

Il n'y avait donc que deux suivantes, âgées d'une quinzaine d'années, et trois Gardiens qui accompagnaient Tahoser. Les trois soldats se tenaient non loin d'elle, et ne profitaient pas du spectacle, leur attention se focalisait uniquement sur la sécurité de leur Gouverneur. Les deux jeunes filles contemplaient les lieux avec un respect religieux. Enfin, Tahoser commença à entendre véritablement les mots rythmés du poête enthousiaste.
La jeune femme finit par poser ses yeux sur lui, l'écoutant attentivement. C'est vrai qu'il n'avait pas paru faire un grand effort pour que sa voix prenne des accents de majesté, la vacuité du lieu y était pour beaucoup dans cet élan vocal. Mais on ne pouvait nier qu'il faisait montre d'une passion certaine et qu'il mettait beaucoup de goût dans ce qu'il faisait. Comme à son habitude, le visage de Tahoser ne réflétait pas de sentiments particuliers, elle écoutait en silence, comme si de visiteuse curieuse elle était devenue statue de pierre.
La jeune femme intériorisait tout, et son visage sans sourire, ses yeux ans lumière apparente, la fixaient dans une étrange sérénité.

Lorsqu'elle fut interpelée par le jeune poète, ses deux suivantes ouvrirent de grands yeux étonnées : certes, Tahoser ne portait pas ses habits nobles, c'est-à-dire les épaulettes guerrière et le corset brodé d'or, mais elle portait une robe aux dorures fines, longues, traînante au sol comme le voile d'une mariée, et elle avait dans ses cheveux libérés, lui faisant une aura améthyste, étaient certis de l'insigne de son pouvoir : ce batôn écarlates aux mèches tout aussi rouges.
En outre, les deux jeunes filles avaient l'habitude de répondre à la place de Tahoser : car c'était l'usage sur Thémis. Les suivantes prennent la parole pour leur maîtresse, le Gouverneur étant une personne trop importante pour s'adresser directement à de tierces personnes. Mais elles procédaient ainsi lorsque Tahoser était accompagnée de sa cours. Or, à ce moment précis, la situation n'était pas habituelle, devaient-elles répondre quand ?
Un regard de Tahoser les renseigna : elle leur intima le silence.

Mais la réaction des deux suivantes avaient duré un petit laps de temps, infime, mais qui fut salutaire pour la jeune femme... Elle n'était pas poêtesse, mais elle avait de la culture et un esprit assez vif pour se prêter à des jeux.
Et surtout elle ne refusait jamais un défi, quoique le jeune homme n'avait pas donné l'impression de la mettre à l'épreuve. Mais pour elle, c'était un petit combat, un combat de mots, en toute convivialité.
Elle s'était avancée, donc, et son visage qui était il y a encore un instant si impassible vit naître sur ses lèvres un petit sourire en coin. Pas de l'arrogance, non, mais une pointe d'amusement contenu, toujours dans une posture digne et altière.
Quelques dignitaires présents furent étonnés de voir la jeune femme répondre à l'invitation d'un simple poète de cours... Ils étaient trop enfermés dans leur vanité pour entrevoir que les sphères pouvaient se mélanger sans infâmie.

Et Tahoser, d'une voix douce mais où perçait un accent de fermeté, énonça alors :


"La folie, on le dit, est mère du génie
Mais encor faudrait-il qu’elle vous laisse en vie.
Plus cruelle que femme et plus vive que flamme
Elle consumera les relents de votre âme…"


Elle avait choisi l'alexandrin, celui que le poète avait utilisé, le vers noble par excellence, et le plus facile à rytmer, car sa césure à l'hémistiche n'est point de ces trouvailles difficiles, il suffit de se laisser porter par la langue pour la trouver. Les vers impairs, par contre, seraient plus compliqués pour elle... A son deuxième vers, elle avait choisi une prononciation vieillotte de l'adverbe "encore" que la licence poétique du siècle classique permettait.
Le poète était aussi fougueux dans ses gestes et sa voix que Tahoser était calme. Mais sa placidité était tempérée par ce sourire un peu conquérant et confiant. La jeune femme cependant ne s'enorgueillissait pas de ses vers : elle les sentait maladroits et faciles, mais après tout l'important est de donner le meilleur de soi-même au bon moment.

Elle attendait de voir maintent si son interlocuteur continuerait son spectacle...
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Liam Anaikh'
Poète aristocrate
Liam Anaikh'

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MessageSujet: Re: Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser]   Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser] Icon_minitimeSam 26 Sep - 23:09

Les regards s’entrecroisèrent tour à tour, avec une violence émotionnelle étonnée et perplexe qui fit sourire Liam. Qu’ils étaient amusant ces hommes-là ! Qu’ils étaient fiers de leur titre ! Titre qu’il n’avait d’ailleurs pas à envier, étant noble lui-même. La chose était on ne peut plus risible ; faites trembler un peu la bienséance, ébranlez un tantinet les fondements d’une société de zonage et de classe sociale parfaitement délimitée, et les repères s’effondraient avec une promptitude qu’on pouvait aisément calculer ; la réaction était immédiate, Pandémonium pesant qui pouvait s’abattre à n’importe quel moment ! Voilà qui méritait bien qu’on en rît. Toutefois, si les fondations du système n’était pas bien solide, elles n’avaient jamais été ébranlé jusque là ; les soldats, la morale et la religion maintenant tout cela bien en place, grâce à de solides contreforts et d’imposants arc-boutons. Le peuple craignait de voir s’effondrer sur lui ce qu’il pourrait détruire, et ni touchait ainsi pas ; du reste, il pensait avant toute chose à s’enrichir et à prospérer, avant de penser à la révolution. On ne touche pas au sacré, sauf quand il est trop exigeant, c’est une chose bien connue.
Riant en lui-même, Liam observa attentivement le comportement de la belle demoiselle qui, sublime dans sa robe, avait lancé un regard furtif à ses suivantes. Le jeune poète connaissait les moeurs de l’île Thémis et n’eut aucune peine à interpréter l’échange rapide entre les jeunes femmes. Il y’eut un instant de flottement pendant lequel Liam sentit son cœur battre un peu plus vite puis, enfin, la ravissante créature à la chevelure semblable à des lianes d’améthyste rougeoyante dans la pâleur de la lumière tamisée qui éclairait de l’intérieur l’énorme ventre du théâtre qui scintillait d’or, d’argent, et de magnificence, s’avança souplement vers lui, majestueuse et vive. Quelques murmures se firent entendre puis, le silence ; et le flot rythmé de mots de la jeune femme retentit clairement, en une note pure et longue dans les méandres de la scène. Charmé, Liam sourit largement, fit un grand geste, recula d’un pas et, plus grave, il reprit les quelques vers qu’il avait laissé en suspens :


Ah ! Je vous entends mieux, vous parlez de folie ?
Vous m’en voyez, Madame, absolument ravis,
Car je crois être fou, et la tête à l’envers ;
C’est la vision des choses qui simplement s’inversent,
Et je vous le demande, ai-je l’air d’un malade ?
Non je ne le crois pas ; j’ai quelques camarades,
Il est vrai, je le ‘avoue qui semblent un peu perdus,
Et qui ne montrent pas beaucoup de retenue ;
Diables ! Démons! Satan ! Abominations !
Sus à ces gueux filous ! A la révolution !
C’est là ce que l’on dit, qu’on proclame et qu’on vit ;
C’est là ce que prédisent aux foules les esprits
De quelques nobles impies qui font figure d’atomes ;
Pourtant les fous, Ma Dame, ne sont-ce pas des hommes ?
Ils ont un cœur rêveur, une âme discontinue,
Quelque peu éthérée qui souvent éperdue
Pense à des choses étranges, farceuses, irréfléchies,
Humour taquin d’une âme, qui possède une vie ;
Ils aiment à s’amuser, à ire en s’agitant,
Poètes enfants sans âge qui sont des innocents ;
Et comme vous, princesse, ils ont deux bras deux jambes,
Un fort joli minois, quoique sans dithyrambes,
Bien moins formé que vous et vos sublimités.
Je n’osais point le dire, mais je suis fort charmé
Par la simple présence dont vous me faites honneur
Et pour quoi je vous dois le merci de tout cœur.

Et proclamant ce discours avec emphase, Liam s’approcha lentement de la belle. Il eut tout le loisir de contempler son ondoyante chevelure de violettes et qui serpentait sinueusement autour de son gracieux visage en une espèce d’onde mouvante et resplendissante, dont le flot se réverbérait dans tous les regards. Charmeur, il pressa ses avances en allant plus avant. Liam tourna galamment autour de la jeune femme, plongea son regard dans le sien et rit intérieurement ; il percevait autour de lui le flottement tendancieux qui s’exhalait de la foule autrefois endormie. Il avait capté son attention, l’avait dompté, s’était fait son maître et il ne tenait qu’à lui de préserver ou de rompre cet équilibre.
Le jeune poète, les yeux toujours fichés dans ceux de son interlocutrice qui, du reste, était on ne peut plus charmante, sourit. Brusquement, il cessa son manège en même temps que le flot de paroles qu’il laissait échapper se tarissait. Dans un geste plein de grâce il s’approcha encore, encore, encore bien plus près de la jeune fille ; enjôleur, il ne cessait de sourire et, lentement, il étendit la main, attrapa celle de sa proie. Avec légèreté, Liam recula d’un pas, baissa la tête et s’agenouilla devant la jeune noble. D’un geste, il rejeta la tête en arrière et porta à ses lèvres la peau douce et satinée de celle qu’il avait choisi pour être sa partenaire. Puis, à nouveau, les regards se croisèrent, miroir de l’âme qui parfois se rencontrent et se livrent l’un à l’autre. Doucement, il prononça distinctement :


-Votre beauté, Ma Dame, est bien digne de pleurs ;
En vérité, princesse, vous ravissez mon cœur
Et c’est donc à vos pieds qu’aujourd’hui je me penche
Pour baiser les courroies de vos sandales blanches.

Et riant encore, il attendit avec délectation la réaction imminente de la jeune femme.
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MessageSujet: Re: Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser]   Venez plus près de moi, Mademoiselle; théâtralisons un peu, voulez-vous? [PV Tahoser] Icon_minitimeDim 27 Sep - 3:00


Les deux suivantes de Tahoser avaient retenu une exclamation de surprise... Elles n'étaient point choquées mais la scène leur parut presque incroyables : il était rare de voir leur Gouverneur en compagnie d'un homme, et d'un possible séducteur qui plus est. Sur Thémis, il n'y avait pas de prétendants sérieux pour la jeune dirigeante. Elle était rarement seule, et ses Gardiens veillaient au grain. Tahoser elle-même n'était pas une femme très portée sur la romance. Elle avait dû vieillir prématurèment en prenant la fonction de Gouverneur alors qu'elle atteignait ses 18 ans... Jusque là, elle n'avait pas véritablement connu l'amour. Elle avait bien eu un camarade loyal avec qui elle avait entretenu une amitié ambiguë, mais l'histoire s'était achevée du jour au lendemain, sans possibilité de retour...
Et Tahoser s'avéra plus insensible après cette épreuve. Sa prise de fonction acheva de la figer dans cette stature haute et froide, inaccessible. De toute façon, elle n'avait pas besoin d'avoir une descendance puisque le pouvoir sur Thémis ne se transmettait pas par le sang.
Elle n'avait rien à léguer, rien à prouver. La présence d'un homme à ses côtés n'était pas indispensable, elle n'avait nul besoin d'un prince consort.

Ses Gardiens n'avaient pas bougé. Ils observaient la scène avec assez de clairvoyance pour deviner que leur Gouverneur ne risquait rien avec ce jeune poète. Ils veilleraient toujours, avec minutie, mais ne s'inquiètaient pas plus que de coutume. Les autres dignitaires présents parurent plus dégoûtés que jamais en voyant le numéro de charme que jouait le jeune homme. Tahoser, quant à elle, ne prenait pas la chose ainsi.

C'était de la poésie, n'est-ce pas ? Et l'art n'est qu'un mensonge. Le jeune poête n'était pas le premier à lui faire un baise-main, serti de mots doux, et tout cela lui parut relever de l'ordre du jeu. Le jeune homme était nanti d'un charme et d'une élégance particulière, il ne semblait pas un simple troubadour... Tahoser trouva quelque noblesse dans la souplesse de ses mouvements, il avait un petit quelque chose d'aristocrate...

Son esprit en alerte se concentra davantage sur les vers qu'elle pourrait répandre en guise de réponse. La jeune femme laissa pendre ses bras devant elle, entreleçant ses doigts avec douceur. Ses yeux bleus, clairs et limpides, vrillaient le regard du jeune homme. Elle cherchait des informations dans le fond de ses pupilles, toujours pragmatique, mais elle faisait en sorte que ses iris ne la trahissent pas et dissimulent les aspects les plus secrets de son être.


"J'ai beaucoup fait pleurer, mais les larmes versées
n'ont jamais su percer mon coeur si bien sensé...
La beauté n'est que rose et comme cette fleur
Elle s'ouvre en un jour, et dès le soir se meurt.
Je l'ai compris très tôt, en ai pris mon parti,
Le compliment est beau mais glisse dans l'oubli."


Combien de courtisans avait-elle éconduit ? Un certain nombre en effet, mais sa voix révélait une certaine humilité. Car son interlocuteur ne faisait que poursuivre son spectacle, et Tahoser, d'ailleurs, était rentrée dans le jeu de la poésie mais voulait agir comme le dictait son essence. Elle n'était pas d'un entousiasme virevoltant, même si plus jeune elle avait eu les germes d'un tempérament fougeux et vif, elle avait appris à se contrôler, se maîtriser, à se faire glace... En fait, plus précisèment, elle était neige : froide mais tendre. Douce comme la fraîcheur d'un matin encore chargé des parfums de la nuit.

"Je n'ai pas eu la joie d'entendre les poêtes
au hasard des chemins répandre un air de fête,
Ils ne viennent qu'au coeur de mon palais sinistre
et leur accent toujours avaient des échos tristes.
La poésie, pour moi, n'était qu'un artifice,
Sombre, sans saveur, nullement créatrice,
Mais c'était bien avant d'écouter votre bouche
Révéler un mystère aussi beau que farouche.
J'avoue que tous ces vers au goût d'éternité
Ont su ressusciter ma curiosité.
J'attends de voir encore où ils vont vous porter,
J'attends bien sagement, prodiguez vos bontés."


Elle se tut et l'observa : elle ne pouvait pas faire des répliques aussi longues que les siennes, elle naviguait après tout en mer inconnue. Heureusement, elle avait beaucoup lu, ce qui lui donna la verve nécessaire pour répondre, mais l'exercice demeurait difficile. Ses regards, encore, détaillaient le visage de son interlocuteur comme pour saisir des réponses. Elle l'observait, toujours droite, placide ; digne, paraisant sans passion et pourtant déterminée. Elle ne s'occupait pas des autres personnes présentes, les autres dirigeants présents la toisaient toujours d'un air sévère mais leur opinion était le cadet de ses soucis : elle était en visite à Aïsthèsis -elle pouvait en profiter pour faire de nouvelles rencontres-, et elle ne faisait rien qui pourrait enfeindre les règles de courtoisie élémentaire...
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